Comme je suis un parleur intarrissable, le format d'une page n'était pas suffisant pour contenir le flot de mes élucubrations, je vous mets donc l'intégralité de l'interview sur le blog.
Bisous à Caro pour son amitié indéfectible.
Etat civil
Prénom François
Nom Pacou
Date et lieu de naissance Février 1957 Landes
Résidence : Cote basque
Femmes, enfants,? Une femme, 3 maîtresses et 2 enfants.
Trois qualités, trois défauts ? Passionné, Egoïste, Rêveur, Bordélique, Impulsif, Inventif. Je suis poisson et j’assume complètement mon signe même si ce n’est pas toujours facile.
Quelle est ta définition du shape ? C’est avant tout l’expression d’une personne, sa vision et sa sensibilité mises au service d’une demande particulière.
C’est ainsi que vous avez des planches de brutes, d’autres plus « fines » d’autres efficaces avant tout etc….
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans le shape : la démarche intellectuelle pour ou la réalisation manuelle ?
En tout premier lieu la démarche intellectuelle bien sûr, c’est là que l’on va pouvoir faire travailler toutes ses compétences d’analyse, sa finesse et sa sensibilité.
Toute action est la résultante d’une démarche intellectuelle qui dans mon cas, ne peut être autre chose qu’un plaisir .
Nous ne sommes pas des industriels, nous avons la chance d’avoir ce lien si particulier entre la conception et la réalisation.
Le shaper ne peut que prendre plaisir à créer tout d’abord dans sa tête mais, de la réalisation, de la modélisation, du contact avec la pièce finie viendra la jouissance finale.
Le shaper a besoin du contact avec la matière, c’est un sensuel, du moins je le conçois comme tel.
Premier shape : où, quand, avec quoi, avec qui ? 1982, je débarque à Biarritz, c’est une planche de windsurf hésitante qui sorts de mes mains, heureusement, la mienne.
Déco rococo à l’aéro sur fond de parchemin brûlé (la honte !) mais j’étais très fier de ma réalisation, pain de mousse PU strat polyester : 2.90 m.
J’apprends très vite de ce que j’observe surtout quand on est à Biarritz dans ces années là où Joël Roux et Jacques Albert officient avec grand talent.
Alors je regarde beaucoup, je travaille mon analyse et je navigue aussi souvent ce qui me permet d’affiner les sensations.
Qu’est-ce qui t’a motivé à shaper des planches de kite ?
La nouveauté m’attire toujours , Je ne supporte pas faire les mêmes choses, j’ai besoin d’horizon lointains à atteindre. Le kite est arrivée un jour dans mon atelier sous les traits de Manu Bertin pour placer des inserts sur une planche de surf Simon Anderson, la problématique de la planche de Kite avec ses appuis et son équilibre différents me sont apparus intéressants à développer, c’était nouveau, il fallait travailler, chercher, débroussailler et ça, ça me parle. L’envie était là.
Quand as-tu réalisé ta première board de kite ? Oignon ou réussite ?
Ma toute première board de kite a été une 2.35 directionnelle pour un client d’Hossegor. Elle glissait particulièrement bien et correspondait aux besoins de l’époque. Elle ferait office de péniche actuellement mais je pense très sincèrement qu’il faut développer ce concept de planche de cruising montée en aile légère et de taille moyenne pour donner le goût de glisser à une catégorie d’utilisateurs qui rendront ce sport pérenne.
Très rapidement ensuite, j’ai réalisé les deux premières planches qui ont marqués le début d’une longue collaboration avec un garçon adorable : Christophe W Roussin. Christophe si tu nous lis !!
Rabot ou fraiseuse numérique ? Les deux mon général.
Le rabot est un outil que je continue à utiliser dans des cas très précis comme les protos de vitesse en mousse PU par exemple mais une fois les planches conçues dans ma tête, je bascule sur l’ordi ou je les affine puis les envoie sur ma machine à commande num.
Voir la planche prendre forme passe après passe, me procure toujours la même excitation que cela soit au rabot ou à la machine.
C’est juste un transfert d’outil.
Quels sont les matériaux que tu préfères travailler ? La mousse polyuréthane de surf pour ce qui est du shape, la finesse du grain la précision du shape que l’on peut atteindre en fait un matériau pour le moment inégalé.
Un shape abouti sous les néons d’une salle, c’est quand même sacrément beau !
Quels matériaux pour quelles planches ? Pour les directionnelles de surf, Mousse PU et polyester + verre et éventuellement construction sandwich. Je ne fais pas de séries industrielles pour ces planches là, elles sont les héritières du surf et je trouve important de transmettre une certaine tradition alors que l’on assiste à la fin de cette époque.
Pour les TT noyau bois + carbone epoxy. Le choix est étroit au vu de l’exigence de poids, de perfs et de prix du marché. Les quantités de planches produites ne permettent pas pour le moment d’aller vers d’autres technologies qui pourraient être plus performantes.
Les matériaux du futur, ça serait quoi ?
Déjà des matériaux qui préservent ceux qui les mettent en œuvre et l’environnement. Ensuite nos pratiques nécessiteraient des matériaux qui aient une mémoire de forme sans faille. Légers, faciles à mettre en œuvre avec des résistances mécaniques supérieures aux composites à base d’époxy.
Explique nous ton approche du shape pour les directionnelles de vague ?
Je cherche avant tout à ce que la planche soit efficace, pour cela il lui faut du drive, mais surtout de la tenue en courbe, la vitesse n’est pas un point primordial et pas si difficile que ça à atteindre, en revanche, la problématique du kite dans les vagues est de conserver le contrôle de ses appuis.
La composante verticale donnée par l’aile, modifie la donne.
La tenue en courbe viendra d’une bonne compréhension de l’outline selon le programme et, paramètre très important, les rails, leur volume et leur progression.
Explique-nous la genèse de la V-Flex ?
Les VFlex sont issues d’une réflexion sur l’optimisation d’une part, de l’écoulement en carving, ensuite du contrôle et enfin du confort. Bien sûr je voyais tout un tas de planches avec des spatules affinées mais pas trop convaincus par rapport à ce que je cherchais.
Je voulais que l’on puisse enquiller à fond dans le clapot ou en courbe sans que la planche ne renvoie de trop dans les jambes et que l’on ne se concentre que sur la conduite.
Il fallait donc que les pointes soient particulièrement réactives. Une spatule conventionnelle est forcement moins réactive qu’une demi -spatule qui, par la fréquence plus élevée de sa réponse filtrera bien mieux les vibrations et autres trépidations.
Dans un deuxième temps dès 2004, j’ai travaillé sur un corps unique et des demi-spatules démontables et interchangeables ce qui permettait d’accroître la fiabilité de l’ensemble et de pouvoir travailler sur l’asymétrie pour une utilisation surf. Le rider avec un corps unique, avait la possibilité d’un gamme de plusieurs planches de comportement et de types différents en ne changeant que ses demi spatules .
Je me suis heurté au soucis du poids, la réalisation quant à elle n’est pas insurmontable.
Faute de budget pour développer sérieusement le concept, je l’ai un peu mis sur le côté. Et j’ai vu que le shaper de vent de folie avait eu une réflexion dans le même sens. Mais lui cherchait le côté pratique pour le voyage.
Depuis quand intègre-tu le flex dans tes shapes ?
Depuis les toutes premières Vflex en 2002 pour les protos coureur et 2003 pour les séries.
A vitesse élevée, on reproche souvent aux directionnelles type surf de monter sur les ailerons. Quelle serait la solution possible pour y remédier ?
La solution est de ne pas monter des ailerons de surf classiques mais d’autres types. J’ai eu déjà le même problèmes sur mes thrusters en Windsurf il y a quelqus années, et par un travail particulier de design et de profils d’ailerons, ce soucis a été résolu.
Quels sont les coureurs avec lesquels tu collabores ?
Richard Boudia, Coralie Imbert, Cyril Pimont, Baptiste et Lazare Pacou.
Il aime faire quoi François quand il n’est pas dans son atelier ?
J’aime me nourrir de ce que je vois ou entends, dont je fait provision comme l’écureuil dans l’age de glace; je vis beaucoup dans ma tête.
Sinon j’écoute du Jazz, je gratouille ma guitare, fait de la photo.
Un peu de Windsurf, un peu de Kitesurf, Surf de temps en temps et je fais de l’enduro ou du trial entre amis et avec mes enfants. Et plus tard, quand je serais vieux, je ferais la cuisine pour mes potes.
Quels sont les bons spots autour de Biarritz et la meilleure période pour kiter ?
La meilleure période est sans conteste le printemps et l’été avec leurs thermiques de Nord Nord-est.
Toute la côte s’y prête mais les zones les plus sûres restent certaines plages d’Anglet et Tarnos.
Il faut préserver le Kite sur la côte basque et respecter les surfers et les gens .
Le mot de la fin, un message ?
Ce qui m’énerve dans ce métier est qu’il est impulsé par des financiers à courte vue.
Les majors s’engouffrent dans le moindre espace où il semblerait qu’il y ait une éventualité de profit. Ce qui fait que l’on voir fleurir des shapes de vague non aboutis bêtement calqués sur des surfs. Il faut de la nouveauté, on vous donne de la nouveauté.
On peut le voir aussi avec l’avènement des ailes plates.
SI cette arrivée est une excellente chose, attendue et nécessaire, j’ai vraiment le sentiment que ce sont les utilisateurs les metteurs au point.
Les choses ne sont pas fondamentalement réfléchies pour pérenniser notre sport mais pour en tirer le maximum le plus vite possible.
Et comme on a pas franchement le temps de tout développer correctement, on vous en fait 40, vous en trouverez bien une qui vous convienne !!!
Bis repetita placet.
Les modèles durent 3 mois, à peine arrivés sur le marché qu’ils sont déjà « promotisés », soldés, déstockés etc….
On ne génère pas de pratiquants heureux, on génère un marché de perpétuels frustrés en attente de la toute nouvelle trucmuche qui fera tellement mieux que la précédente.
Et quand il a s’agit de comprendre qu’un client mort était un client perdu, les sécus qui fonctionnent sont arrivées sur le marché mais combien de temps ça a pris, quel temps perdu, quelles vies saccagées !!!
Nous devons revenir à plus de sagesse et développer notre sport plus intelligemment avec une réflexion d’ensemble, commune et à long terme.
Rest in peace en anglais, il semblerait que Richard ait décidé de ne pas de reposer et encore moins en paix.
Superbe roller backside avec la RIP 170 Allround dans le swell canarien.

FP
Bien quelle soit énorme comme une cantatrice, c'est de la baie de St-jean-de-luz qu'on peux la voir dans toute sa majesté où elle apparait entre les passes au large, déformant d'abord l'horizon pour dérouler en roulant des épaules.
Ce qui explique pourquoi les surfers ne l'ont découvert que sur le tard car ces conditions les chassent plus au nord alors que pour les wishbones, la baie c'est régalade avec vent side shore ...

A ceux qui m'ont toujours demandé pourquoi je n'avais pas émigré dans un endroit plus propice au vent et où ma carrière aurait sûrement pris une autre tournure, voici une réponse.

Photos: Chris (Marcel) Cardon



